Le 9 janvier dernier sortait en salle Les Invisibles, le dernier film Louis-Julien Petit, un film surprenant et décomplexant sur un thème plutôt lourd: les femmes SDF. Explication d’un coup de coeur.
Corinne Maseiro, Noémie Lvovsky, Audrey Lamy et Déborah Lukumuena
Un bouquet d’émotion.
En choisissant de parler des femmes SDF, Louis-Julien Petit à pris un risque. Un sujet encore trop méconnu et pouvant devenir moralisateur, accusateur selon la façon dont il est traité. Ici il n’en est rien. Le film raconte et montre une réalité difficile sans jamais pointer du doigts des responsables de cette situation. Toutes les femmes, SDF ou non, sont au coeur du film, leur féminité et leur humanité est sublimée de façon réaliste et juste. Les invisibles nous transporte du rire aux larmes sans pour autant invoquer la moqueries ou la pitié.
Des actrices choisies pour leur histoire.
Comme nous l’avons appris pendant la promotion du film, les actrices jouant les rôles des femmes SDF sont des femmes ayant réellement vécu dans la rue. Un vérité également pour une des actrices principales Corinne Masiero dont on connaît le passé difficile. Une idée de casting à la fois originale, cohérente et généreuse qui nous donne de l’espoir en alliant la fiction à la réalité. Les invisibles, terme désignant le femmes SDF pour leur faculté à se camoufler dans la rue, sont désormais mise en lumière.
Ensemble du casting du film
Un voile levé sur le métier d’assistante sociale.
Le titre Les invisibles pourrait également être appliqué aux assistantes sociales dans ce film. On comprend à travers ce scénario que le métier est plus que difficile. La force morale dont il faut faire preuve ainsi que le manque de marge de manoeuvre manifeste y sont justement représentés. Les invisibles, un film qui pose une image sur certaines de leur problématiques quotidiennes: Comment aider quelqu’un qui ne souhaite pas être aidé ? Comment réussir à aider sans déresponsabiliser les personnes ayant besoin d’aide ? Jusqu'à quel point l’aide est-elle légitime ?
Connu comme symbole du mur de Berlin ou comme simple chanson du groupe Pink Floyd, The Wall est avant tout un concept en trois parties mêlant concerts, album et long-métrage. Cette initiative presque autobiographique de Roger Waters, ex leader du groupe, est un vrai ensemble multimédia qui se fait notamment la critique du fanatisme.
Affiche du film "Pink FLoyd The Wall" d'Alan Parker inspiré de l'album éponyme
Trois parties pour un concept multimédia
C'est derrière un mur qu'il s'est fabriqué que Pink, une star du rock, croit trouver refuge. Mais aux portes de la folie il se replonge dans les éléments de sa vie qui causerons sa descente aux enfers. La mort de son père à la guerre, sa mère trop protectrice et castratrice, les brimades de professeurs, et bien d'autres ! Tout cela finit par coincer Pink derrière "un mur", et cet examen de conscience le mène jusqu'à son autoprocès.
Roger Waters s’est beaucoup inspiré de sa propre vie pour l’écriture des paroles et du scénario. Et le film semble évoquer plutôt les problèmes relationnels de Roger Waters avec le public.
Le film, est à la fois un poème musical filmé et une réflexion sur les désillusions d’une vie humaine. Critique acerbe des guerres, ce cinquième long-métrage du réalisateur de Midnight Express (1978), Alban Parker, sert à merveille la musique des Pink Floyd. Le montage n'est pas linéaire mais suit
le trajet mental de Pink. Les scènes du passé de Pink, tournées avec des acteurs, alternent avec
des dessins animés réalisés par Gerald Scarfe.
Gerald Scarfe a fait les dessins ayant servi de base aux animations. Ici le personnage du professeur de Pink.
Un concert tendu à l'origine du concept de The Wall
Dans les années 70, la tournée « In the
Flesh » confirme l'ampleur du phénomène Pink Floyd. Le groupe rempli des
stades entiers. Malgré cela, le bassiste et leader du groupe, Roger
Waters, ne supporte plus l'attitude excessive des fans. Lors du dernier
concert de la tournée, au stade olympique de Montréal en juillet 1977,
alors qu'un spectateur tentait de perturber le concert, Waters cracha
dans sa direction.
« Il y
avait un mec devant la scène qui faisait ce qu'il voulait, mais ce qu'il
voulait n'était pas ce que je voulais. Il criait, il hurlait et
semblait s'amuser comme un fou en poussant les gens contre la barrière
de la scène. Il voulait se battre, en fait, et moi, je voulais faire un
concert rock. J'étais tellement exaspéré que j'ai fini par lui cracher
dessus pour qu'il se calme, ce qu'on ne doit faire à personne. Et je
l'ai eu, il s'est pris mon crachat en pleine figure! »
Roger Waters
Suite à cela, le concept de The Wall est tout
trouvé pour Roger Waters. L'idée de bâtir littéralement un mur entre le
groupe et le public. Dans une volonté multimédia, il imagine un concept
en trois parties : un album, une série de concerts incluant le fameux «
mur », et enfin un long-métrage.
"pink floyd montreal 1977", photo anonyme du concert des Pink Floyd au stade olympique de Montréal
Les génies du rock des années 70
Pink Floyd est un groupe de rock
britannique formé en 1965 à Londres. Il est considéré comme un pionnier
et un représentant majeur des styles musicaux progressif et
psychédélique. Le groupe se distingue par une musique surtout
expérimentale et des textes philosophiques et satiriques. Mais aussi et
surtout par ses performances en concert, originales et élaborées.
Une autre brique dans le mur
Le mur des Pink Floyd devient vite un symbole du mur de Berlin pour beaucoup. Roger Waters fera d'ailleurs en 90 un concert dans l'ancien No Mans Land.
Extrait du film : la marche des marteaux, symbole du parti fanatique centré sur Pink
Chacun connait donc plus ou moins ce concept-album des Pink Floyd dont nombreux symboles ont passés les années. Que ce soit avec la chanson Another Brick In the Wall part II, les caricatures de Scarfe, ou encore les fameux Marteaux, les critiques exprimées dans ce concept restent d'actualité et chacun peut se les faire siennes.
Si vous avez envie de découvrir ou de redécouvrir tout ou partie de ce concept, sachez que le film The Wall est toujours disponible en DVD, et l'album sur toutes les bonnes plateformes d'écoute en ligne (Deezer, Spotify, etc).
Conan le Barbare est un film plus complexe qu’il n’y paraît, n’en déplaisent à tous ses détracteurs qui souhaitent le limiter aux muscles et au cuir. À travers son apparence brute, le film nous emmène à travers un voyage philosophique ayant pour thème la liberté.
Conan, Création et genèse d’un mythe
Avant de parler du film, penchons nous sur le personnage de Conan.
À l’origine, Conan est un personnage de pulp créé par Robert Howard, auteur de différents personnages ayant marqué l’imaginaire avec notamment Solomon Kane et Kull. L'auteur américain né en 1906 aura un impact majeur sur un genre alors naissant : la fantaisie. Si le fait d’avoir été publié par Weird Tales, aux côtés de H.P. Lovecraft, lui donnera de la reconnaissance, c’est dans les années 60, soit près de 30 ans après sa mort, que ses histoires obtiennent un bond de popularité, grâce à une jeunesse toujours plus avide de contre-culture. La décennie suivante, une série de comics, se verra même publiée chez Marvel, narrant les histoires du Cimmérien. En outre, la popularité du Barbare provient des prestigieuses illustrations de Frazetta et de plusieurs publications dans Métal Hurlant.
Conan the Destroyer, de Frank Frazetta
Des nouvelles au film
John Milius se voit proposer de réaliser le film Conan le barbare, après plusieurs années de productions chaotiques. Il acceptera à condition de pouvoir retravailler le scénario de fond en combles, il en profite pour y insérer ses thèmes de prédilections : la violence et la société. C’est ainsi que le réalisateur proposera un scénario original avec certains éléments extraits directement des nouvelles du Cimmérien.
John Milius dirigeant Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Conan
Synopsis
Encore enfant, Conan assiste impuissant au massacre de ses parents par le cruel Thulsa Doom, et est réduit en esclavage. Enchaîné à la roue de douleur, il y acquiert une musculature peu commune qui lui permet, adulte, de gagner sa liberté comme lutteur. Désireux d'assouvir sa soif de vengeance, il part accompagné de deux voleurs, Subotai et Valeria, à la recherche de Thulsa Doom…
Un voyage philosophique
Le film s’ouvre sur une citation du philosophe Nietzsche “Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort”, posant ici le thème central de l'oeuvre : la force. Le long métrage reprend la citation au pied de la lettre, faisant progresser le héros principal en surmontant ses échecs jusqu’à atteindre le stade de surhomme.
Le surhomme selon Nietzsche, philosophe allemand du XXe siècle, est un individu parfaitement libre qui n’est plus entravé ni par la norme ni par la morale. Dégagé de tout contrôle, il se place donc au dessus de l’humanité. Dans son célèbre livre Ainsi parla Zarathoustra, Nietzsche explique les différentes étapes qu’un homme doit traverser afin de devenir libre. Toutes ces épreuves sont illustrées dans le film de John Milius.
“L’esprit robuste charge sur lui tous ces fardeaux pesants : tel le chameau qui sitôt chargé se hâte vers le désert, ainsi lui se hâte vers son désert.”
Cette étape se transcrit par le fait d’être servile et docile à des personnes via des “Tu dois”, sans se poser de questions. Étant esclave, Conan ne connaît que trop bien les ordres et la non prise de décisions. Travailler, tuer, se reproduire pour son maître, Conan fait tout cela sans se poser de questions, en apprenant et en se chargeant des valeurs d’autrui.
Cette réplique maintenant devenue culte pour son côté extrême, maintes fois détournées, nous indique au contraire que ce ne sont pas les valeurs de Conan mais celles que son maître lui a inculquées. Le barbare ne faisant que les réciter.
Mais la force de Conan ne cesse de croître, si bien que son maître en sera effrayé, le forçant à le libérer.
“Mais au fond du désert, le plus solitaire s’accomplit la seconde métamorphose : ici l’esprit devient lion, il veut conquérir la liberté et être maître de son propre désert.”
Conan, ivre, frappe un chameau
Conan s’est donc débarrassé du chameau philosophique en n’étant plus soumis à un maître. Il est désormais à la recherche du tueur de sa mère, le lion étant, avant tout, une force d’opposition.
“Il cherche ici son dernier maître : il veut à la fois être l’ennemi de ce maître, comme il est l’ennemi de son dernier dieu ; il veut lutter pour la victoire avec le grand dragon.”
Mais avant d’y parvenir, Conan doit se confronter à la société, cet aspect de la vie que le barbare n’avait jamais connu auparavant. Le mot Barbare prend ici tout son sens, ce dernier pouvant faire allusion à de multiples phénomènes : de l’étranger dans l’Antiquité, à une personne ignorante et violente dans la France des Lumières, un sens en ressort davantage que les autres. Le barbare peut être perçu comme un être positif, la barbarie peut être force régénératrice d’une société décadente de par son impulsion et de sa force brute non pervertie par la civilisation corrompue.
Ce conflit est d’ailleurs mis en exergue à travers la vengeance de Conan vis à vis de Thulsa Doom, Conan représentant la force brute du Barbare et le raffinement machiavélique du Civilisé. Se sentant trop à l’étroit entre les murs d’une cité, il ne doit sa liberté qu’à des grands espaces. Lieu où il est maître de son destin, pouvant même faire face à une armée entière.
C’est d'ailleurs dans ce vaste espace, en préparant son ultime combat que Conan rejettera Crôm, dieu hérité de la tradition de son peuple, faisant une nouvelle fois écho au surhomme de Nietzsche, indépendant de toute emprise religieuse et sociétale.
Une fois l’armée vaincue, Conan se retrouve devant Thulsa Doom, celui qui, en tuant sa mère et son peuple des années plus tôt, a fait de Conan le Barbare qu’il est devenu. Le Barbare décapite ainsi son créateur, face à tous ses fidèles. Plus qu’une personne, Thulsa Doom avait créé tout un culte autour de sa religion et de sa personne, Conan a tué un Dieu. Le déicide, sans aucune autre contrainte que sa volonté, est à la fois conquérant, roi, ermite.
Conan brandit la tête de Tbhulsa Doom devant ses fidèles
“Dieu est mort”
John Milius a ainsi réussi un tour de force majeure en réussissant à retranscrire via le parcours de Conan l’histoire d’un homme brisé par la civilisation qui cherche à regagner sa liberté.
Affiche du film Conan le Barbare (1982)
Alexandre Duc
Date de sortie : 1982
Réalisé par : John Milius
Photographie : Duke Callaghan
Avec : Arnold Schwarzenegger, James Earl Jones, Sandahl Bergman...
Sous la réalisation d’Alex Proyas, I, Robot dépeint une civilisation futuriste dans laquelle les robots tiennent une part des plus importantes. Mais 15 ans après sa sortie, que nous dit vraiment le film I, Robot ? Alors que notre société connaît l'essor de l’intelligence artificielle, le film de 2004 semble avoir un écho différent.
Le robot Sonny du film I, Robot (Production : Davis Entertainment & Overbrook Entertainment).
Moi, un robot
Dans un Chicago de 2035, l'officier Del Spooner, campé par Will Smith, tente de cohabiter avec des robots de plus en plus présents dans la vie des habitants. Le jour où son ancien ami le docteur Alfred Lanning meurt, Spooner soupçonne immédiatement les robots. Presque seul contre tous il tentera de prouver qu'un robot du nom de Sonny, bien différent de tous les autres robots, a tué le docteur Lanning. Mais la vérité est bien plus complexe !
L'Intelligence Artificielle au cœur du problème
Dans la continuité des travaux d'Alan Turing, l'intelligence artificielle (IA) est au cœur des préoccupations de notre siècle. Les grandes entreprises cherchant à créer des robots de plus en plus réactifs, et réagissant comme des humains, ou presque. Le film I, Robot s'appuie sur le fait que l'IA n'est qu'une impression d’intelligence créée à partir de modèles inculqués aux robots.
Dans le film justement, les robots sont conçus avec pour ligne directrice trois lois de base qu'il ne peuvent enfreindre :
un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.
un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être
humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.
Malgré cela, dans le film, le robot Sonny prétend ressentir des émotions et rêver comme le font les être humains. Alors la question se pose : est-ce que cela n'est que l'effet de ce que son créateur a programmé, ou y-a-t-il quelque chose de plus ?
Des préoccupations pas si récentes
Ces questions ne datent pas d'aujourd'hui. En effet, le film s'inspire des romans Cavernes d'acier, des Robots ainsi que de la nouvelle Le Robot qui rêvait d'Isaac Asimov. Le premier datant de 1954 !
C'est d'ailleurs dans ces textes que les trois lois de la robotique ont été trouvées. Asimov ayant écrit tout une série de romans de science-fiction traitant des robots et de leur "psychologie".
Vers un libre arbitre des robots ?
Le superordinateur joueur d'échecs Deep Blue d'IBM
Cette science-fiction ne l'est peut-être pas. C'est la crainte de scientifiques tels que Stephen Hawking. Le film I, Robot traite d'ailleurs de l'interprétation des trois lois par les robots et du danger que représenteraient des robots trop perfectionnés qui pourraient s'en prendre à l'espèce humaine un jour ou l'autre.
Il existe déjà des IA capables de se souvenir de leur expérience et de modifier leur programme pour interagir différemment lorsqu'une occasion similaire se représente à elles. Comme par exemple le superordinateur Deep Blue qui se hisse presque au niveau des plus grands champions d'échecs du monde.
Alors, la crainte est-elle fondée ? Jusqu'à où les société vont-elles aller pour faire des robots qui nous ressemblent ? L'Intelligence artificielle va-t-elle égaler ou surpasser l'intelligence humaine ? À quoi peut-on s'attendre de la part des robots dans les années à venir ?
Toute une série de questions sur lesquelles vous pouvez vous faire un avis. Et ce, pourquoi pas, en (re)lisant les romans d'Isaac Asimov ou en (re)voyant le film I, Robot !
I, Robot est disponible sur la plupart des plateformes de VàD